La pluie tombe lentement du ciel gris, mouillant la chevelure dorée de Pénélope, effaçant l’encre rose absorbée par les pages de son fidèle carnet. La jeune fille, tenant à préserver les feuilles couleur crème de son précieux cahier, court se réfugier sous un abribus. Elle gribouille un moment des phrases et des mots au hasard, dessine instinctivement des motifs, avouons-le, légèrement futiles, quand le bruyant moteur de la vieille voiture de son père vient la sortir de son univers. Elle entre sagement dans le véhicule, avant d’enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles, afin d’éviter les questions pesantes de son paternel sur sa journée.

Pénélope était seule, très seule. Elle n’arrivait que très rarement à communiquer avec les autres. Depuis la mort de sa mère, il y a quelques années, la jeune fille de 17 ans s’était éteinte, telle une fleur à l’arrivée de l’hiver. S’est donc développé sa passion pour les mots, les dessins. Chaque jour, elle plonge dans son univers et écrit, barbouille des histoires, des chansons, des poèmes. C’est son moyen de s’occuper, de s’exprimer, de se couper de la vraie vie et d’oublier la solitude dans laquelle elle est noyée depuis tant d’années.

Un matin, Pénélope, rongée par une faim éléphantesque, se précipite vers la cafétéria de son école. Elle s’installe à la petite table rose où elle a l’habitude de déjeuner, tous les matins, seule. L’adolescente déguste ses flocons d’avoine, mais est rapidement interrompue par la cloche qui lui rappelle qu’il est l’heure d’aller en classe affronter la meute d’élèves encore bien immatures et ignorants. Elle se lève, laissant sur la table l’objet le plus cher, le plus beau, le plus important à ses yeux… son carnet.

On aurait pu croire que quelqu’un de malveillant l’aurait trouvé, et l’aurait utilisé contre la pauvre petite Pénélope. Et bien non. Mathieu, le garçon le plus adorable que ce monde ait connu, a vite découvert le précieux recueil. Loin de lui l’idée d’user excessivement de sa curiosité, quoique, il s’est mis à le feuilleter. Et pendant des jours, il a lu et relu ces pages si fascinantes, troublé, sans comprendre comment des textes aussi beaux pouvait à la fois dégager un sentiment de solitude aussi intense.

Il a décidé de répondre à cet appel à l’aide déconcertant, innocent, mais surtout inconscient.

Bonjour inconnue à la belle plume,

Je me dois de vous dire que j’ai été séduit par vos ébauches, qui sont tellement profondes. Je trouve cela regrettable de vous voir dans un état aussi lamentable. Vous m’avez l’air d’être une personne extrêmement intéressante et c’est réellement dommage que vous soyez si seule. Vous auriez beaucoup de choses importantes à apporter à beaucoup de gens.

Un garçon ému par vos écrits

Le lendemain, Mathieu dépose le carnet là où il l’a trouvé, sur la table rose. C’est non pas sans larmes que Pénélope retrouve son fidèle compagnon, après plusieurs jours de recherche. Son premier réflexe? L’ouvrir pour écrire dedans. Sa surprise? Découvrir un message lui étant destiné. Son cœur, alors refroidi par des années de souffrance, se réchauffe instantanément. Elle se devait d’adresser un message à ce si charmant jeune homme.

Cher inconnu à la plume réconfortante,

Je ne sais pas qui vous êtes, je n’ai pas besoin de le savoir, sachez seulement que votre mot m’a beaucoup touché. Mais oh! Ne serait-ce pas mieux de se tutoyer? Dans tous les cas, je suis honorée que mes écrits vous ai ému.

Une fille choyée.

Puis elle laisse le carnet sur la table rose, priant pour qu’il vienne le chercher.

Quelques heures plus tard, Mathieu repasse près de la fameuse table. Surpris que la propriétaire du cahier ne l’ai pas récupéré, il préfère garder le livre à l’abri des voleurs ou des gens malintentionnés. Il le rendra plus tard.

Avant de se coucher, le garçon replonge dans les somptueux textes de Pénélope. Il s’aperçoit rapidement qu’un message a été ajouté. C’est les yeux lourds de sommeil que Mathieu lit ces quelques mots.

La jeune fille court voir à la table rose voir si son carnet est là. C’est le visage triste qu’elle découvre que non. Jour après jour, elle vérifie si son cahier a été ramené perdant peu à peu espoir.

Environ une semaine plus tard, le carnet réapparait sur la table, accompagné d’une rose. Les yeux pétillants, Pénélope ouvre son cahier tellement frénétiquement, qu’elle manque de justesse de déchirer une des pages.

            Bonjour inconnue à la belle plume,

Ravi d’avoir pu te faire sourire. Pour être honnête, je réponds si tardivement à ton message, car je suis captivé par tout le talent, toute la douceur, toute la beauté présents dans chacun des mots écrits dans ce carnet. J’ai l’impression de tomber, peu à peu, amoureux de l’image que tes récits donnent de toi. Je rêve de toi, m’imagine dans tes bras. C’est fou à quel point j’ai pu m’attacher à quelqu’un à qui je n’ai jamais parlé, ni même vu. Ta force, si fragile en même temps, ta douceur, tellement rude à la fois, ta discrétion pourtant évidente, tous ça me chamboule.

Un garçon envouté

Ça y est, le cœur encore bien fébrile de Pénélope bat maintenant la chamade. Elle n’aurait jamais cru que c’était possible de se sentir autant aimée. Depuis le décès de sa mère, elle n’avait jamais reçu autant d’admiration d’une personne.

Sans même attendre, stylo à la main, elle lui répond.

Et ce fut comme ça durant de longues semaines. De longues semaines passées à attendre le carnet près de la table rose, de longue semaine passée à remplir les pages du cahier de mots et de lettres d’amour ou à les couvrir de dessins affectueux. Un lien réel commençait à s’installer auprès des deux jeunes, laissant aussi place à quelques doutes dans la tête de Pénélope. Allait-elle le rencontrer? Si oui, allait-elle l’apprécier autant que par écrit? Était-ce un ami, ou plus? Devrait-elle en parler à son père?

La Saint-Valentin approchait, puis, un matin, Pénélope reçut ceci:

Bonjour, inconnue à la si belle plume,

À présent, il me tarde de te rencontrer. Mon cœur se meurt un peu plus chaque jours de ne pas t’avoir à mes cotés. L’idée de pouvoir sentir tes lèvres chaudes contre  les miennes, de pouvoir caresser tes cheveux probablement magnifiques, de pouvoir t’entendre parler avec ta voix sans doute très mélodieuse, me fait frétiller de bonheur. C’est pourquoi, j’aimerais savoir si toi, si belle inconnue à la si belle plume, accepterait d’être ma Valentine. On se rejoindrais à notre table, tu sais celle en rose dans la cafétéria, le 14 février au matin.

J’espère t’y voir.

Un garçon anxieux

Et en ce 14 février, Pénélope et Mathieu sont probablement en train de se parler, et de faire connaissance à la table rose. Je n’ai pas envie de m’immiscer dans leur vie privée, je leur laisse vivre leur moment en paix. Je ne sais pas si ils vont finir par former un couple, à vrai dire, je m’en soucis peu, mais ce que je sais, c’est que Pénélope ne sera plus jamais seule.

 

Jessica Carmen Fotsing

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À propos de l'auteur(e)

2 thoughts on “Une rencontre originale

  1. À toi auteure émouvante.

    Que de douceur, de finesse et de profondeur dans cette courte fable d’amour pour cette St-Valentin. Nous te t’encourageons de bien vouloir continuer à déposer tous ces mots, ces phrases sur du doux papier pour notre pure bonheur.

    Nous ne pouvons que te souhaiter du succès dans tes projets d’écriture, et nous attendons avec impatience la parution d’un premier ouvrage de ta plume. D’ici là, nous te lirons attentivement et, qui sait, nous nous croiserons peut-être dans d’autres contextes.

    Bien à vous,

    Nous.

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