Le peintre aux yeux de verre – Partie 4 : Le miracle des larmes

Crédit image: Mohamed Adam Kamal

Partie 4 : Le miracle des larmes

   Suite au cri poussé par Cornelius, la petite s’était écroulée. « Mais pourquoi les laisses-tu te faire du mal ! » avait-il hurlé. Pleurant silencieusement, elle resta ainsi plusieurs minutes. Puis, elle murmura :

   — Je sais pas pourquoi… je les laisse me frapper…

   Cornelius se ressaisit.

   — Pardonne-moi d’avoir crié. Mais ça ne te fait pas mal… ces coups de bâton ?

   — Oui… dit-elle la tête enfouie dans ses petits bras.

   — Pourquoi les laisses-tu faire dans ce cas ?

   — Eux, ça les fait rire… Je dois les faire rire, sinon j’aurai plus aucun ami…

   — Où sont tes parents ?

   Un long silence suivit sa question. L’enfant finit toutefois par répondre.

   — Ils sont partis…

   En entendant ces paroles, le cœur du vieux Cornelius se fendit en deux. Elle était seule. Tout comme lui. Il prit alors une décision.

   — Dit-moi, où habites-tu ?

   — Dans la forêt… il y a un arbre creux. C’est là que j’habite.

   — Et où trouves-tu ta nourriture ?

   — Dans un trou, près de l’arbre. Quand je me réveille, je trouve plein de bonnes choses dedans.

   — …

   — Monsieur ?

   — Que dirais-tu de me tenir compagnie ? dit-il en souriant. J’ai une très grande maison, il y a largement assez d’espace pour deux.

  La petite releva la tête. Tout en reniflant, elle demanda :

   — Je pourrai t’appeler grand-père ?

   Le vieux Cornelius pleura encore : de joie cette fois-ci. Ils poursuivirent leur route, la fillette tenant la main robuste du vieux colosse barbu. Il n’avait cessé de pleurer tout le long du trajet. Arrivés devant l’immense manoir, elle demanda les yeux pétillants :

   — C’est ici qu’on va vivre ?

   — Oui, mon enfant… dit-il en reniflant. Mais avant tout, j’aimerais savoir. Pourquoi les autres enfants ont-ils si peur de toi ?

   — Ils disent que je suis bizarre… Que j’ai de drôles d’yeux…

   Pétrifié, empli de compassion pour l’enfant qui se tenait devant lui, Cornelius laissa glisser deux dernières larmes : l’une d’or et l’autre d’argent.

   Il ouvrit les yeux.

   Pour avoir tant pleuré sur le sort d’autrui, on lui accorda un autre don… celui de la vue !

 

Mohamed Adam Kamal

Imprimer
(Visited 33 times, 1 visits today)

À propos de l'auteur(e)

css.php