17 septembre 1914, fleuve de l’Aisne, France

J’étais crevé, les dernières heures m’avaient complètement crevé. Il me semblait que la division aussi se trouvait dans la même situation que moi.

Les Allemands s’étaient révélés plus coriaces qu’hier, un Gewerh nous canardait sans sommation depuis une dizaine de minutes, notre division tenait le coup, mais nous étions véritablement bloqués. Gracieuseté de ces maudits tireurs postés sur les hauteurs du fort.

 

Au lever du matin, French avait ordonné le barrage d’artillerie sur le fort.

Le château était en ruines mais ces sturmtruppens ne se laissaient pas abattre. Nous ne  pouvons pas risquer de nous avancer au-delà des débris du fort, sans à avoir à essuyer de lourdes pertes.

 

À ma gauche, le caporal Raylors n’avait pas peur des Allemands et il ordonna donc que sa brigade atteigne le centre des fortifications allemandes. En vain, aussi rapidement qu’ils s’étaient levés, Raylors et ses hommes furent foudroyés par une salve de carabines provenant des tours du fort.

 

J’enrageais, car notre situation tournait rapidement en combat sans issue. Le commandant French voulait à tout prix éviter de se trouver dans une position où les Allemands nous tenaient tête. J’ordonnai donc à Willy, le meilleur tireur de notre régiment, d’essayer de déloger ces satanés tireurs allemands.

 

Il arma son Lee-Enfield et, en un éclair, le son très caractéristique d’une balle de carabine frappant de plein fouet le casque des Fritz résonna à travers le champ de bataille. , un silence de mort s’installa petit à petit sur les débris du château. Les autres régiments commençaient à sortir de leurs refuges. Les restes de ce dernier étaient à peine reconnaissables.

 

Mais l’état-major ne semblait pas nous laisser de repos: des coups de canons se faisaient déjà ressentir et French voulait vraiment en finir avec les Allemands. Les coups de canons pilonnaient les derniers remparts allemands et les derniers soldats commencèrent à sortir des décombres, les mains en l’air, en signe de reddition.

 

Lorsque la plupart étaient sortis, je m’aperçus, non sans grand étonnement, qu’ils étaient des centaines et des centaines à sortir des débris de la salle à manger, qu’ils avaient probablement pillés au passage, l’air honteux, la honte d’être vaincus perceptible sur leurs visages. Pour chaque soldat, perdre est la pire des choses de la guerre et mieux vaut de mourir dans une victoire que dans une défaite mal organisée importante pour l’ennemi.

 

Notre division a dû attendre quelques heures avant d’apercevoir French et son cheval blanc qu’il nommait Victory. Les soldats anglais disent que French est sans nul doute un général charismatique et un excellent commandant, alors que les autres diront que c’est Napoléon.

 

French arrêta son bucéphale[1] devant le château, son regard surplombait la plaine et l’air victorieux. French s’avança vers nous et lança « Bravo les gars, les Allemands savent désormais que l’avantage n’est plus de leur bord  ».

 

Épuisé par des combats incessants, un gars de la division de Raylors se leva et demanda à French « Mon commandant, après tous ces combats, on vient de perdre des forces assez considérables, pourrions-nous nous reposer hors de la ligne de front ? »

 

Un petit rictus s’afficha sur son visage et il dit : « On va vous déplacer au Havre, le reste des Forces canadiennes vous attends, je pense qu’ils ont besoin de conteur pour leurs jeunots, et surtout , tâchez d’embellir l’histoire, ça leur donnent le morale avant d’arriver au front. Bon repos les gars…

 

 

Nous nous levâmes tous et s’écrièrent en cœur, « Oui mon général ! ».

[1] Cheval de guerre.

Clément Jannard

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