Gabriellle Hurteau, éditorialiste

Éric Salvail, Gilbert Rozon, Joël Legendre. C’est des noms que tu connais peut-être déjà, mais si tu les connaissais pas avant, tu vas certainement avoir un beau portrait de leur personnage maintenant. Les trois, ce sont des géants de l’industrie du divertissement au Québec. Salvail est partout. À la télé, à la radio, sur les réseaux sociaux, il a son nom sur dix millions de projets, et c’est tout à son honneur. C’est un homme de carrière, on ne peut pas le nier. Gilbert Rozon est le fondateur de Juste Pour Rire, il domine pratiquement le monde de l’humour au grand complet. On ne peut pas dire qu’il est petit dans le domaine, cet homme. Joël aussi, a une pas pire carte, au niveau de l’influence. Radio, télévision, journaux, apparences médiatiques, il est aimé de toutes les personnes qui ont vieilli avec lui. Il a un bon public et un beau sourire. Ces trois hommes-là, ont été accusés d’avoir participé et encouragé le harcèlement sexuel envers leurs collègues, employés, collaborateurs, amis, etc. Ce sont les images les plus frappantes qu’on a vues au Québec depuis des années par rapport au harcèlement de tout genre. Avant de te parler de qui ils ont blessés, on va commencer par le commencement : comment ce qu’ils ont fait se traduit par du harcèlement ?

C’est quoi, du harcèlement sexuel ?

J’ai tapé la question «Qu’est-ce que le harcèlement sexuel?» sur mon moteur de recherche, et tout de suite, je suis tombée sur le site de Jeunesse J’écoute, qui explique de manière simple ce qui peut se qualifier de harcèlement sexuel. «Le harcèlement sexuel désigne tout comportement verbal ou physique de nature sexuelle et non voulu. Il peut te faire sentir embarrassé, offensé, intimidé ou en danger, et ne devrait pas être ignoré.» Le harcèlement sexuel peut avoir lieu n’importe où, que ce soit à l’école, au travail ou en public, et ce n’est pas toujours un viol dans une ruelle sombre. Souvent, le harcèlement sexuel a lieu à la lumière du jour. Fixer quelqu’un du regard de façon inappropriée, c’est du harcèlement. Raconter des blagues à caractère sexuel, c’est du harcèlement. Par exemple, le père de ton partenaire qui te dit «on va partir pour la journée, vous allez pouvoir «f***» tranquille, hahaha», c’est du harcèlement sexuel ; personne n’est à l’aise dans cette situation là, mis à part le père.  Montrer ou envoyer (y compris en ligne) des photos, des dessins ou d’autres images non souhaitées à caractère sexuel, c’est du harcèlement. Ta «d*** pic», à moins d’être demandée, non merci. Exiger des caresses, des rencontres et des faveurs sexuelles, ça aussi, non merci. Poser des questions ou parler à quelqu’un de leur sexualité, de leurs relations sexuelles ou de leur corps, c’est du harcèlement à caractère sexuel. Tu n’as pas besoin de savoir c’est quoi, la taille de bonnet de la fille dans ton cours de maths, même si elle a des gros seins, ni de parler de la taille de ton pénis juste parce qu’il est «ben gros». Provoquer des contacts physiques injustifiés, incluant des attouchements non désirés, c’est du harcèlement sexuel. Sans enlever son pantalon, juste de te tenir le «paquet» devant une personne que tu essaies de charmer, c’est irrespectueux et bien souvent, ça a l’effet contraire. Utiliser un langage qui rabaisse quelqu’un à cause de son sexe, c’est non seulement méchant et non nécessaire, mais c’est aussi du harcèlement sexuel. Propager des rumeurs de nature sexuelle (y compris en ligne), pas besoin de te dire que ça entre dans la liste. Menacer de congédier ou de réprimander une personne si elle refuse des avances sexuelles (ce qui constitue des représailles), c’est très clairement une forme d’abus. S’adonner au harcèlement (comportement qui fait qu’une personne se sent en danger, par exemple des visites non souhaitées, des appels téléphoniques, des textos, des courriels ou des lettres, laisser des cadeaux ou surveiller la maison ou l’école d’une personne), c’est irrespectueux, et ça entre dans la catégorie du harcèlement.

 

Qui sont les victimes ?

J’ai consulté le site internet de CALACS, parce qu’ils sont le centre d’aide le plus important dans la région de Terrebonne, lorsqu’il est question de harcèlement à caractère sexuel sous toutes ses formes. Selon les statistiques disponibles sur leur site internet, 1 femme sur 3 a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. 1 homme sur 6 sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. On peut aussi déduire qu’étant donné que 78,1% des victimes sont des femmes, on a pas mal trouvé le public cible. On dit que 96,8% des agresseurs sont des hommes, alors on peut clairement comprendre de cette statistique que bien souvent, l’agression suit la dynamique d’homme dominant versus femme soumise. Si on prend également en considération le fait que le ⅔ des victimes ont moins de 18 ans, contrairement aux agresseurs, qui sont majoritairement âgés de plus de 18 ans, la dynamique de domination est encore plus visible. Les victimes sont généralement de jeunes femmes, alors. Évidemment, loin de moi l’idée de diminuer l’expérience des victimes masculines et d’éliminer la présence des agresseurs de sexe féminin. On parle de statistiques, et les statistiques ont souvent tendance à taire les expériences des 21,9% des hommes victimes d’agressions sexuelles. Eux aussi, ont droit à leur voix, parce que 100% des victimes vivent avec des séquelles de ces événements.

«Ben là, je le savais pas»

Ce qu’on a entendu, suite aux allégations d’Éric Salvail, c’est qu’il ignorait l’ampleur de ses gestes et leurs impacts. C’est la phrase la plus importante jamais dite par rapport au harcèlement sexuel, selon moi. Non seulement, ça démontre l’inconscience présente chez les agresseurs, mais aussi le manque flagrant d’éducation par rapport au sujet. Ça démontre qu’on n’en parle pas assez, que la conversation n’est pas diversifiée, voire même présente. On peut facilement dire qu’on ne savait pas, c’est facile, personne ne peut nous en vouloir, on peut se cacher derrière notre ignorance, à l’abri du jugement. Sauf que «ben là, je savais pas», au tribunal, ça ne passe pas comme un argument valide. Dans la société, le standard devrait être similaire. Personne ne peut t’en vouloir de ne pas savoir, mais on peut t’en vouloir de ne pas avoir réfléchi aux conséquences, de ne pas t’être informé sur le sujet, de ne pas t’être arrêté toi-même pour te demander si ce que tu t’apprêtes à faire est respectueux. La prochaine fois que tu pense sortir une blague de sexe, pense au fait que c’est pas tout le monde dans la pièce qui peut avoir le même niveau de confort que toi, par rapport à la sexualité. Pense au fait que peut-être que tu pourrais offenser quelqu’un avec tes propos. Je te dis pas de fermer ta gueule, d’avaler ta pilule et de ne jamais rire en parlant de sexe, je te propose simplement de t’assurer que tu ris avec des personnes qui vont trouver ça drôle, pas blessant. Je te propose de t’excuser, si tu offenses quelqu’un involontairement. C’est un simple geste qui peut faire une différence, pour la vie en communauté en général.

Gabrielle Hurteau

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