L’emprise, un roman de la collection Tabou

Virginie Lessard, critique littéraire

Le roman L’emprise, de Sophie Girard, publié aux Éditions de Mortagne, fait partie de la collection Tabou. Cette dernière comporte une série de romans psychologiques, traitant de sujets difficiles pouvant toucher les adolescents. Dans ce roman de 272 pages, paru en 2011, on explore l’univers dangereux de la violence psychologique en amour.

Le roman psychologique est une œuvre dans laquelle l’emphase est placée sur l’intériorité des personnages. On souhaite représenter dans ce genre de récit des thèmes de la vie quotidienne et souvent considérés comme « lourds » et dramatiques. Les romans de la collection Tabou sont des livres présentant un récit psychologique accessible aux adolescents.

L’emprise raconte l’histoire de Mathilde, une adolescente de secondaire 5, qui trouve l’amour auprès d’un garçon qui lui semble parfait. Tout est si beau et cette première relation amoureuse semble plus qu’idéale pour la jeune fille. Par contre, la suite est tout autre et le rêve de Mathilde vire vite au cauchemar. Je n’en dis pas plus et je vous laisse découvrir vous-même le parcours de l’adolescente contre la violence psychologique. Maintenant, sans plus attendre, voici ma critique de L’emprise.

Tout d’abord, j’ai été très déçue de ma lecture à laquelle je donnais beaucoup de potentiel. Pourtant, le roman, qui avait tout pour plaire, n’a pas su me convaincre. Je ne dis pas que ce dont traite le livre n’est pas important à aborder, mais le fait, justement, qu’il avait tout le potentiel d’être un roman psychologique exceptionnel rend la lecture de ce livre assez décevante. J’ai trouvé que l’auteure laissait échapper le thème en raison d’un manque de réalisme. La violence psychologique et la raison pour laquelle elle fait tant de ravage se situent au niveau de sa subtilité et de sa sournoiserie. Par contre, dans le roman, le thème est abordé de façon très évidente et on voit tout venir dès le début. Cela rend donc, pour le lecteur, le reste de l’histoire plutôt improbable, étant donné qu’on s’explique mal comment Mathilde peut tomber dans le piège. Elle est naïve et en amour, je le veux bien, mais encore ici, l’explication ne me satisfait pas, car l’auteure ne voit la question qu’en surface. Cela enlève au récit beaucoup du réalisme caractéristique et nécessaire des romans psychologiques. Les réactions de la plupart des personnages demeurent, pour la majorité, peu réalistes. Bref, le manque de réalisme de l’histoire empêche de bien diffuser le thème de la violence psychologique.

Ensuite, un autre point m’ayant déplu se trouve au niveau de la simplicité de l’œuvre. S’il y a un thème qui devrait être traité avec complexité, c’est bien celui de la violence psychologique. Pourtant, l’auteure opte pour des formules simples, peu élaborées et sans finesse. Rien n’est vu en profondeur et on reste dans un récit somme toute superficiel. Il y a peu de détails et ce manque de profondeur dans l’histoire fait en sorte que le roman ne marque pas le lecteur. À la fin, cela demeure une histoire quelconque qui sera oubliée. Cela est bien dommage, car au contraire, en raison du sujet qu’elle traite, l’histoire devrait être en mesure d’influencer les gens. Ce n’est malheureusement pas le cas. Le vocabulaire simple et peu recherché contribue à rendre le livre moins intéressant. Bref, le roman perd beaucoup de son potentiel à cause de sa simplicité.

Un autre point que j’ai moins aimé est au niveau de la méthode de narration. On retrouve, en grande partie, des dialogues et peu de descriptions. Pourtant, ces dernières sont primordiales dans le roman psychologique, car c’est à travers elles qu’on peut comprendre l’intériorité des personnages. Bien sûr, les dialogues, dans ce cas-ci, sont assez parlants, j’en conviens, mais j’aurais apprécié davantage de passages descriptifs. L’histoire en serait sortie gagnante et je pense même que plus de descriptions auraient pu améliorer les deux points précédents. De plus, cela aurait permis de mieux comprendre les comportements des personnages. L’auteure aurait aussi dû exploiter plus la narration avec divers points de vue. Des narrateurs multiples auraient enrichi le récit et auraient permis aux lecteurs de mieux saisir les motivations des divers personnages.

Finalement, bien que je n’aie pas apprécié ma lecture, je crois que les romans de la collection Tabou peuvent contribuer à informer sur des sujets importants, et ce, même si le livre est moins bon. Malheureusement pour les cinéphiles, il n’existe pas de version cinématographique de L’emprise. Sur ce, je vous souhaite de bonnes lectures et on se retrouve dans une prochaine critique.

 

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