Armand-Corbeil 50 ans

Une rencontre avec un maire proche de ses racines

Mardi 1er octobre, réunion du journal;

Tous les membres semblaient être présents attendant tous impatiemment le début de la réunion. Comme à l’habitude, les responsables du journal présentaient les projets en cours pour souligner les 50 ans d’Armand-Corbeil. Notre mandat était une entrevue consacrée au maire de Terrebonne, Marc-André Plante,  qui était un ancien élève de notre école. Le maire était de passage à notre école pour son projet d’embellissement de la cour extérieure. Il mettait l’épaule à la roue pour appuyer les élèves bénévoles de notre école ainsi que les enseignants liés à ce superbe projet. Nous en avons donc profité pour faire notre entrevue avec le représentant officiel de la ville de Terrebonne. Comme vous le savez certainement déjà, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre le maire et nous devons l’avouer ; nous étions surexcitées, mais aussi vraiment stressées. Une fois l’entrevue entamée, la tension s’est dissipée comme par magie.

JAC: Avez-vous aimé vos années au secondaire? Étiez-vous populaire? 

-Est-ce que j’étais populaire? Je me souviens qu’à l’époque, l’école Armand-Corbeil pour moi, c’était en secondaire 3, 4 et 5 parce qu’en secondaire 1 et 2, on était tous subdivisés à Léopold-Gravel. Moi, à l’école, je me souviens que ça commençait à 8h et finissait à 14h30 et j’étais moins impliqué dans la vie scolaire. Je me rappelle que je parlais beaucoup et que je bougeais beaucoup. J’étais un élève plutôt comique, je faisais beaucoup de blagues, mais les enseignants trouvaient ça drôle. Donc, j’étais le type d’élèves qu’ils appréciaient beaucoup. Alors oui, j’étais, je ne dirais pas populaire, mais plutôt apprécié des autres élèves parce que je faisais rire les gens. Dans mon temps, il n’y avait pas de programmes, il y avait l’option enrichi et c’est tout.

JAC : Parlez-vous toujours avec vos amis du secondaire?  

– J’ai quelques amis avec lesquels  je suis demeuré en bon contact, d’ailleurs, il y en a même un qui siège avec nous au conseil municipal qui est Yann Maisonneuve. On a terminé la même année et puis, on a été élus tous deux ensemble.  J’ai encore des amis qu’on fréquente mutuellement et je vois plein de gens que des fois j’avais pas vu depuis 20 ans. Grâce à mon travail, j’ai pu croiser plusieurs amis d’Armand-Corbeil. À l’époque, Armand-Corbeil était l’une des rares ou sinon la seule école à Terrebonne, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

 

JAC: Y avait-il des activités et y avait-il un journal étudiant? 

À l’époque, il y avait un journal étudiant, une radio étudiante, une association étudiante est un club de cross- country. Il n’y avait pas de football comme vous le connaissez. Il y avait de la natation, mais tout le monde la redoutait.

NDLR: Monsieur Plante n’a pas fait partie du journal, car le programme enrichi ne permettait pas de s’impliquer dans une activité.  

JAC: Pouvez-vous nous parler de l’école des métiers? 

– À l’époque, il y avait des professionnels qu’on côtoyait. C’était beaucoup l’école de secrétariat qui était présente à l’époque. Secrétariat comptable et dactylo étaient liés à ce type formation, je me souviens, l’école professionnelle était présente à ce moment-là, on avait des élèves plus vieux et qui avaient pas le même horaire. On les côtoyait un peu moins, il y avait une classe de menuiserie à l’arrière aussi.»

JAC: Si vous aviez décidé de vous impliquer, dans quoi vous seriez-vous investi? 

Assurément du sport, mais j’aurais beaucoup aimé faire la radio, ça, c’est sûr et certain. Mais il y avait un sport que tout le monde redoutait, c’était les cours de natation, car l’eau était trop froide et le casque de bain n’était pas très joli.

JAC: Quel est votre meilleur souvenir d’Armand-Corbeil? 

D’abord, moi, j’ai vécu l’ouverture de la nouvelle cafétéria nord que vous avez, qui pour vous a pas l’air nouvelle ben ben. Elle a été construite à ce moment-là et évidemment, on était tout tassé dans une petite cafétéria. Je me souviens qu’à l’école, ça avait vraiment changé la dynamique, ça agrandissait.

JAC: Étiez-vous du genre à faire des mauvais coups ? 

Ouais! Je le dis pas tout le temps, mais moi, au primaire, j’avais des feuilles de route. À chaque fois que je vois un élève avec son bureau à l’extérieur de sa classe, je le salue toujours en lui disant : « T’en fais pas, dans la vie, tu peux réussir pareil,  ça arrive à tout le monde. J’étais tannant, en plus, ma mère enseignait ici, et moi je suis né en 1977 un 29 novembre, elle allait travailler enceinte, assez proche de son accouchement. Les contractions ont commencé à 15:00 et c’est le directeur de l’école qui, à ce moment-là, l’a emmenée à sa voiture pour qu’elle parte à l’hôpital Sainte-Justine. Ça avait commencé ici, à l’école et le directeur qui a aidé ma mère était celui qui m’a accueilli ici, à l’école.

C’est avec un grand plaisir que nous avons conclu notre rencontre avec cet homme quand même assez impressionnant. C’est une belle expérience pour nous, qui ne sommes qu’en secondaire 1, de faire une rencontre aussi impressionnante. Le maire s’est avéré être très accessible et très comique pour nous mettre à l’aise tout au long de son entretien. Nous avons remarqué également que bien que notre école ait changé avec le temps, elle reste un élément de nostalgie pour notre maire qui parcourait les corridors la tête pleine d’histoires.

Pour écouter l’entrevue complète:

par Julianna Argento et Marianne Lachance

Qui est Armand Corbeil ?

Nous passons 180 jours par année à l’école. Pourtant, nous ne connaissons pas celui dont notre établissement porte le nom. Il y a beau avoir un panneau informatif près de la salle Raymond-Gagnon, à côté du bloc des sports, à part son nom, nous ne savons pas grand-chose de son histoire, qui il a été, pourquoi notre école s’appelle ainsi. Qui est Armand-Corbeil?

 

Contexte historique et naissance de notre école

 

« L’école Armand-Corbeil commence dans un contexte. »

Le contexte, c’est après le rapport Parent, explique Martin Maisonneuve, enseignant en histoire et géographie dans notre établissement.

 

Le rapport Parent, c’est un grand rapport qui a été fait au début des années 1960 et qui évaluait l’éducation au Québec. L’éducation, avant 1964, au Québec, est donnée par les églises, principalement du côté francophone, et du côté anglophone, il y a déjà des commissions scolaires d’établies. Donc, du côté des francophones, c’est plus les religieux et les religieuses qui donnent l’éducation et c’est vraiment à deux vitesses, une éducation pour les filles et une éducation pour les garçons. L’éducation pour les garçons, c’est principalement deux types.

Encore là, ça se divise en deux grandes branches : on a tous les métiers qui sont donnés dans les collèges, les collèges techniques, et sinon, on a un autre aspect, que l’on appelle le séminaire, qui va diriger les jeunes garçons vers ce que l’on va appeler les professions libérales : médecin, notaire, avocat, et l’autre, plus vers l’aspect religieux, donc pour devenir un père, un curé. Mais c’est toujours l’Église catholique qui encadre cette formation. En 1964, maintenant, quand on fait le rapport Parent, on constate que les Canadiens français sont moins bien éduqués que le reste de la population canadienne, que du reste de la population québécoise anglophone et qu’en Amérique du Nord, avec les Noirs américains, donc avec les afro-américains, ils sont les plus pauvres de tous les groupes ethniques en Amérique de Nord. Et c’est alors qu’il y a un gros constat d’échec du système scolaire québécois.

Donc, le rapport Parent donne naissance, en 1964, au Ministère de l’Éducation, qui a fêté, il y a environ 5 ans, son 50e anniversaire, mais dont on n’a eu aucune mention. (…) Maintenant, il faut mettre en contexte que ça fait seulement deux générations que tous les Québécois et toutes les Québécoises ont droit à une éducation secondaire. En 1964, en plus des commissions scolaires qui sont créées, il y a aussi les cégeps qui sont créés, à partir des collèges techniques, et les séminaires, eux, seront fermés peu à peu ou transformés eux aussi en cégeps pour donner ce que l’on appelle la formation pré-universitaire. L’autre aspect, c’est la création des commissions scolaires.

Terrebonne… rurale. À droite, la montée Pincourt (boulevard Moody) est une route rurale à deux voies. C’était bien avant la construction des Galeries de Terrebonne. Au centre, la nouvelle autoroute 25, puis plus haut, la côte du sommet avec son motel, qui donne accès au secteur de Terrebonne-Heights où quelques nouvelles rues champêtres percent à travers les bois. (Photo : Fonds Aimé-Despatis, Société d’histoire de la région de Terrebonne)

Le contexte de Terrebonne 

Mettons-nous dans le contexte de Terrebonne, maintenant. Terrebonne n’a pas de commission scolaire. Terrebonne est rattachée à la commission scolaire de Laval, parce que la population y est environ de 10 000 habitants à ce moment, même un peu moins, 8 000 habitants. Aujourd’hui, on est rendu à plus de 110 000 habitants, il y a eu un boum démographique à Terrebonne depuis 50 ans.

Donc, on est attaché à la commission scolaire de Duvernay ou la commission scolaire de Laval, et on commence à avoir des personnages, des notables, des gens qui ont fait l’université mais qui vivent à Terrebonne. On a, par exemple, Léopold Gravel, Ouimet, qui a été curé, et Armand Corbeil. Eux font une formation libérale, comme j’ai parlé tantôt.

Donc, M. Corbeil va devenir notaire, il va avoir un bureau de notariat dans la région de Terrebonne et il commence à être un personnage de ce que l’on appelle la communauté libérale : médecin, docteur, avocat, ils se tiennent ensemble et sont en quelque sorte l’idéal des Canadiens français de l’époque. C’est la voie à suivre, parce que presque toute la population de Terrebonne travaille soit dans les usines, la Homeshoes exemple, ou Moody’s, il y a d’autres entreprises, il y avait un centre-milieu industriel à Terrebonne à cette époque-là. Ou bien ils vont travailler comme agriculteurs dans la grande région de Terrebonne.

Donc, eux ont un idéal, d’abord, c’est de créer une commission scolaire francophone sous la loi de l’instruction publique de 1964, donc ils vont créer la commission scolaire de Terrebonne pour le primaire et éventuellement, la commission scolaire de Terrebonne, mais pour le secondaire. Éventuellement, cette commission scolaire va changer de nom, ça va devenir la commission scolaire des Manoirs et ensuite, la commission scolaire des Affluents. Armand Corbeil et Léopold Gravel vont jouer des rôles importants parce qu’ils vont être des représentants, des gens qui sont élus comme commissaires à la commission scolaire de Duvernay puis de Terrebonne, éventuellement. Et eux vont faire la promotion de constructions d’écoles. Déjà à l’époque, il y a une école primaire à Terrebonne, c’est l’école St-Louis, qui a encore aujourd’hui sa vocation d’école primaire. C’est là qu’on va développer deux autres écoles, parce que la population de Terrebonne est en augmentation, due à l’étalement urbain, puisqu’un nouveau mode de vie apparaît: la vie en banlieue.

Donc, Terrebonne, qui est à peu près à 25 kilomètres de Montréal, devient une destination de choix. Les maisons commencent à se construire, d’où notre quartier ici, construit dans les années 60, et de l’autre côté, à St-Louis-de-Terrebonne. Donc, on manque d’écoles, on va alors en construire une première, qui va prendre le nom de Léopold-Gravel, et on va acheter un terrain. Et la rumeur veut que ce soit Armand Corbeil qui a acheté la terre sur laquelle on est actuellement, ici.

Cette terre appartenait d’abord à M. Ouimet, d’où le nom de la rue Ouimet près d’ici. (…) M. Ouimet était fermier et la terre sur laquelle on est, c’est une ancienne cuvette. En termes géologiques, c’est un trou dans lequel l’eau ne se déverse pas, donc c’est un marais. Et donc on achète la terre pour très peu d’argent, d’ailleurs, la terre, elle continue jusque de l’autre côté de l’autoroute 25 et elle monte dans le coteau. (…) Et la cuvette qui est ici, elle appartient à M. Ouimet, et à l’époque, ce marais, on l’appelle le « trou noir », parce que les vaches de M. Ouimet, exemple, venaient mourir ici et les Terrebonniens venaient jeter les déchets ici. Alors la terre est achetée par Armand Corbeil, c’est la rumeur, ou alors il fait des pressions pour acheter cette terre-là. C’est de l’école Léopold-Gravel jusqu’à ici, au pied du coteau, que l’on achète la terre et que l’on fait des remblais pour une future école, l’école Armand-Corbeil.

L’école Armand-Corbeil, donc, est bâtie pour devenir une polyvalente, dans l’esprit de la loi Parent et dans l’esprit de la loi de l’instruction publique, c’est-à-dire de devenir un centre de formation secondaire et un centre de formation professionnelle pour les jeunes de la région de Terrebonne mais aussi de Mascouche. Elle devient donc un pôle important du développement économique mais aussi du savoir. Et on va donner le nom de celui qui a fait des pressions et qui a arrangé la vente, à l’école, l’école Armand-Corbeil. » Par la suite, la construction de l’école achevée, les élèves y entrent en septembre 1969, au nombre de 1700, nombre qui a beaucoup évolué jusqu’à plus de 2090 élèves aujourd’hui. L’école secondaire Armand-Corbeil est inaugurée le 27 mai 1970 par le curé René Grenon, qui donne sa bénédiction à l’établissement. Une plaque commémorative est également dévoilée devant la famille Corbeil.

 

L’histoire d’Armand Corbeil brièvement

Né Joseph Rodrigue Armand Corbeil le 21 avril 1899, à Terrebonne, il se marie avec Paulette Brière en 1921 et ouvre un bureau d’assurances trois ans plus tard, tout en continuant son travail de libraire. Une trentaine d’années après son union, il siège comme conseiller municipal à la ville de Terrebonne pour deux ans. Il est ensuite président de la Commission scolaire. Après avoir suivi Duplessis pendant quelques années, désabusé de la politique, il prend sa retraite et devient marguillier à la paroisse de St-Louis-de-France. Il a également été membre de la Commission industrielle, en 1958, et greffier de la cour municipale jusqu’en 1965, à son décès. Père de quatre enfants, Armand Corbeil décède à l’âge de 66 ans. Son bureau d’assurances est repris par son fils, Jacques, puis par son petit-fils Pierre. Dans Terrebonne, 110 ans d’histoire, on dit de lui qu’il avait « la parole facile et le verbe coloré, fier comme un paon, le sourire enjôleur, entêté comme une mule. »

Ses vestiges d’aujourd’hui

Comme vous le savez, Armand Corbeil a laissé son nom à notre école, qui fut la première de la Commission scolaire des Manoirs, ainsi qu’à une rue tout près, baptisée en son honneur. On dit de lui que bien qu’il n’ait siégé que deux ans et quelques mois en tant que conseiller municipal, il fut un exemple inspirant d’engagement pour la communauté terrebonnienne.

Pourquoi était-ce un personnage historique marquant?

« Il faut d’abord se remettre dans le contexte historique. Les Canadiens français utilisent les moyens pour intervenir dans leur société. Exemple, en politique, les commissions scolaires ont été longtemps un moyen pour une personne des professions libérales d’entrer en politique et de faire sa marque, en politique, mais aussi le souci d’aider sa communauté. C’est un élément important. On voyait ça souvent à l’époque, les avocats, les notaires, le médecins, mais surtout les avocats et les notaires, s’impliquer dans le processus des commissions scolaires. (…) Donc, quand on a des jeunes hommes qui reviennent de leur formation universitaire dans leur patelin, comme M. Corbeil, qui revient à Terrebonne, ils viennent s’impliquer dans leurs milieux. (…) Si on le connait aujourd’hui, c’est parce que c’est un individu qui tout en ayant son bureau à Terrebonne et qui fait ses affaires à Terrebonne, peut donner du temps à sa communauté et en même temps jouer un rôle politique, dans sa communauté. (…) Donc le système scolaire devient, en quelque sorte, le moyen de monter les échelons de la société du Québec du début des années 70. (…) Alors, créer un centre important d’études secondaires mais aussi professionnelles à Terrebonne, c’était important aussi pour les gens de la communauté. Donc, (Armand Corbeil) était vraiment un précurseur de l’importance d’avoir des milieux scolaires dans la communauté. »

Ces traces dans notre école

Comme me l’a fait remarquer M. Maisonneuve, des traces de l’époque d’origine de notre école sont encore visibles aujourd’hui. Par exemple, les noms des rues dans nos couloirs. Au deuxième étage, si on soulève le nom de l’Avenue de la Mémoire, on voit Avenue de la Physique. « Les cours de physique étaient donnés ici » m’a expliqué M. Maisonneuve. Et près de l’escalier 2, c’est le nom Avenue des Gâte-Sauces qui est visible, puisque les cours de cuisine y avaient lieu. Il reste encore des traces du passé dans notre école, il suffit de bien regarder.

Par Amelia Gélineau

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