Jo Brouillet

L’identité de genre est une construction sociale

Oui, le genre n’existe (presque) pas. Tout comme plein d’autres choses : la virginité, la supériorité blanche, l’argent, la hiérarchie sociale. Mais constructions ou non, on vit dans une société (surprise!), donc ces choses semblent très réelles. Ces constructions affectent notre perception des autres et de nous-même, tout en nous faisant douter de notre valeur en tant que citoyen.ne. On rejettera une jeune fille car elle n’est pas vierge, on exclura un couple d’amis de nos soirées car iels n’ont pas beaucoup de sous, on ne trainera pas avec une certaine personne car iel n’est pas populaire et j’en passe. On base nos jugements quotidiens sur des piliers de bois qui sont plus ou moins stables, sans se questionner du pourquoi de leur existence.  

Mais bon.  

Même si beaucoup de personnes non-binaires savent que le genre est une construction sociale, cela ne les empêche pas de se définir hors de la binarité F et M. Pourquoi ? 

Parce qu’au fond, on s’en fout. 

 

And what about it? 

 

Le genre est un spectre, un peu comme un arc-en-ciel. C’est fluide également, il peut varier d’année en année, de mois en mois, de semaines en semaines ou de jours en jours. Les nombreuses personnes non-binaires qui peuplent la Terre, en s’affirmant publiquement, ont laissé le confort que la binarité nous offre tous.tes derrièreJe parle beaucoup des conséquences négatives de cette construction sociale dans mon texte, mais pour certaines personnes, la binarité est un point de repère, quelque chose de familier : cela ne fait pas d’elleux de mauvaises personnes ! Il faut seulement se rappeler que tout le monde n’est pas cis et que tout le monde n’est pas familier avec la communauté LGBTQIA2+ non plus. Je crois que se rappeler que tout le monde ne pense pas comme soi est important, pour ne pas rester pris.e dans une pièce à échos, à toujours entendre des opinions semblables aux nôtres. Cela étant dit, ne te sens jamais obligé de rester silencieux.euse face à un débat dans lequel tu souhaites prendre parole ! Communique ton opinion, haut et fort, même si personne d’autre dans la pièce n’approuve tes idées 

Donc je te comprends, ça peut être un peu dur de suivre tes proches non-binaires si iels sont genderfluidmais je te jure que ce n’est pas compliqué. La communication est la clé ! L’adaptation peut être difficile au début, mais avec le temps, tout se place. Comme le genre est un spectre, ne pas assumer le genre d’une personne en la voyant physiquement va de soi. C’est pour cette raison que demander les pronoms d’une personneen la rencontrant est primordial. Tu apprendras à mieux connaitre cette personne en plus de connaitre son nom sans avoir de small talk qui ne semble plus finir. 

Alors pourquoi n’est-ce pas la norme ? 

Parce qu’il y a tout plein de gens venant de milieux différents qui n’acceptent pas cette réalité. Non, les personnes transphobes ne sont pas juste des mononcles baveux en bedaine avec une bière à la main. Il y a les TERFS, trans exclusionnary radical feminists. Un très bon exemple serait J.K. Rowling, l’autrice de la série Harry Potter. Elle s’est prononcée à multiples reprises publiquement sur son compte Twitter, pour traiter les femmes trans comme « ne représentant pas l’expérience féminine biologique ». Ou encore quand, en partageant une publication sur la précarité menstruelle, elle s’exclama que « seules les femmes peuvent avoir des menstruations, je ne comprends pas pourquoi on dit les personnes ayant des menstruations! »  Si tu ne comprends pas la nuance de ses propos, de la manière inclusive, on dit « les personnes ayant des menstruations » pour inclure les personnes qui menstruent, mais qui ne s’identifient pas comme étant femmes. Par exemple, moi j’ai des menstruations, mais je ne m’identifie pas comme étant femme.  Ce n’est pas aussi transparent comme transphobie que Trump par exemple, mais c’est tout de même de la transphobie. On pourrait décrire J.K. Rowling comme étant une adversaire passive. Elle va avoir des propos transphobes, mais elle ne dira jamais qu’elle est transphobe et fière, par exemple (ce qui peut être le cas d’adversaires plus actifs, comme observé dans des groupes d’extrême droite.). La saga littéraire a une grande valeur sentimentale pour plein de gens dans ma communauté, donc à ce moment-là, on peut se demander si on devrait séparer l’œuvre de l’artiste. Tout cela vaut son propre débat, mais je recommanderais l’article sur le sujet du Journal!

 

Devrait-on dissocier l’œuvre de l’artiste ?

 

Parfois, on peut se sentir comme si nous ne méritions pas d’humanité, comme si nous avions le monde à dos. Mais c’est faux. Nous sommes forts.es, intelligents.es, passionnés.es. Nous méritons nos droits. Nous méritons notre humanité. Nous méritons nos vies. Des vies longues et prospères, remplies de joie et de simplicité. Nous méritons de vieillir, d’enterrer nos adelphes car iels ont été rattrapés par le temps, non par une voiture de police. 

Pis les rôles de genre, eux ? à

Vu qu’on sait à présent que l’identité de genre est une construction sociale, les rôles de genre peuvent sembler encore plus ridicules. Si tu ne le savais pas déjà, les rôles de genre sont des choses qu’on attribue à un côté ou à l’autre de la binarité. Par exemple : les robes c’est pour les filles, les camions c’est pour les garçons, etc. Tu peux comprendre que pour certaines personnes non-binaires, ces choses n’ont aucune importance, vu que notre genre peut être à un bout ou l’autre du spectre, dans le milieu, partout ou pas du tout ! Tu l’auras peut-être deviné, mais les rôles de genre sont également des constructions sociales, ne remontant pas plus loin qu’à la mort de la monarchie française. Effectivement, avant cela, les hommes portaient bien souvent des robes. Marie-Antoinette, étant très influente du côté de la mode en France, a popularisé le rose pour les femmes, trouvant la couleur ravissante et féminine. Plein d’évènements comme celui-ci ont construit peu à peu ces normes sociales. Allant de la tenue vestimentaire jusqu’à la possibilité d’avoir un emploi ou encore un compte de banque. Savais-tu qu’avant la colonisation de l’Amérique, dans plusieurs communautés autochtones, certaines personnes s’identifiaient comme étant 2 spirits ? C’est encore le cas aujourd’hui d’ailleurs, le chiffre 2 dans l’appellation de la communauté LGBTQIA2+ est présent pour cette raison. La binarité des genres n’est apparue en Amérique qu’après la colonisation. C’est également pour cette raison que la solidarité entre les communautés BIPOC (Black, Indigenous and People of coloret la communauté LGBTQIA2+ est primordiale. Sans les communautés BIPOC, les droits civils des personnes faisant partie de ma communauté n’auraient jamais été accordés. Sans Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera ou encore Stormé DeLarverie, nous n’aurions pas de droits.  

Quelles sont les conséquences de ces constructions sociales ?             

       

J’en avais déjà parlé dans mon article précédent, mais l’espérance de vie des personnes trans en Amérique est réduite de presque 75%. Le risque de perdre la vie en étant une personne trans BIPOC est encore plus élevé. On peut donc dire qu’une des conséquences de ces constructions sociales est le taux de mortalité beaucoup plus élevé que la moyenne des personnes trans.  La peine de mort pour homosexualité qui est encore présente dans plus de 70 pays, l’itinérance des personnes LGBTQIA2+ rejetés.es par leur communauté et j’en passe. Les conséquences de l’identité de genre et son importance dans nos jugements va au-delà d’un simple vernis à ongles ou d’un hashtag.  

J’avoue aimer le vernis à ongles. J’avoue partager beaucoup (énormément) de publications Instagram sur beaucoup de sujets qui me passionnent. J’avoue partager des hashtags parfois, voulant montrer mon soutien pour une certaine cause, mais n’ayant pas nécessairement les moyens financiers pour aider. Mais je ne pourrai jamais me contenter de cela. 

« Politics doesn’t interest you because you have no interest in changing a world that suits you so well. » 

-Enola Holmes, 2020 

(Le monde politique ne t’intéresse pas, car tu n’as rien à gagner en changeant un monde qui te privilégie.) 

  

Pourquoi est-ce important de respecter les pronoms de quelqu’un ? 

J’ai souvent croisé des personnes qui ne comprenaient pas l’importance de respecter les pronoms d’une personne.  

« Ce ne sont que des pronoms ! Je ne me fâche pas quand quelqu’un me dit monsieur à l’épicerie : ça peut arriver à tout le monde, je ne comprends pas le problème. » 

Si tu es une personne cis, tu ne comprendras probablement jamais le sentiment qui nous habite quand quelqu’un ne respecte pas nos pronoms. Un mélange de colère et de tristesse avec une touche de doute. Cette émotion qui nous submerge dans ces moments nous fait du mal.  

Si tu es une personne cis, on n’a probablement jamais douté de ton identité. On ne t’a jamais demandé si tu étais sûr.e, si ce n’était qu’une passe ou encore si tu n’étais pas possédé.e par un démon (oui, il y a des vraies personnes qui disent ce genre de choses.). Notre identité, notre validité en tant qu’êtres humains respectables est constamment remise en question par des personnes qui ne sont pas concernées. 

On n’a jamais douté de ce qui t’habite, de ce que tu es.  

Alors dis-moi : ce virus, ce n’est pas si le fun hein ? 

Je te comprends. Moi aussi je trouve l’adaptation difficile. 

Mais si tu es capable de faire tes cours sur un ordinateur dans l’ombre d’une pandémie mortelle mondiale, je crois que tu es capable de bien genrer ton ami.e. 

 

Donc voilà, j’espère que tu as appris une chose ou deux. À la prochaine ! 

Jo (iel/il) 

 

 

 

 

 

LE QUEERBATING, C’EST QUOI ?

La semaine dernière, je regardais mon fil d’actualité sur Instagram quand j’ai vu plusieurs personnes partager une photo de Jay Du Temple, ce dernier portant une robe.  

Des mentions, des commentaires admiratifs, il en pleuvait.  

 

“Si innovateur !” 

“Merci de montrer l’exemple à nos enfants.” 

“Le roi de la destruction des rôles de genre !” 

 

J’ai effectué un rictus plutôt agacé, mais me suis retenu.e de faire un commentaire, croyant que je serais le.la seul.e à être frustré.e de la chose. 

Puisles jours suivants, j’ai vu plus d’une publication qui dénonçait son action. J’ai alors compris que mon agacement n’était pas isolé. Un mot est apparu alors : le queerbating. Qu’est-ce que c’est ? C’est ce que je vais essayer de t’expliquer, tout en donnant mon avis aucunement neutre. 

 

C’EST QUOI LE PROBLÈME ? 

Comme je l’ai dit précédemment, Jay Du Temple, animateur d’Occupation Double depuis quelques années maintenant, a pris la décision de mettre une robe pour animer l’émission de téléréalité la semaine dernière. Les acclamations venant du public n’ont pas tardé à suivre sa publication Instagramva voir de toi-même, je t‘en prie 

 

Donc. 

Que Jay porte une robe, ça peut paraitre révolutionnaire d’un point de vue extérieur.  

Le problème, ce n’est pas la robe, le maquillage ou le vernis à ongles. Au contraire, c’est bien que Jay se sente à l’aise dans son milieu pour s’exprimer à travers son habillement. 

Ce qui me dérange, c’est le crédit que les gens lui attribuent, parce que Jay est loin d’être la seule personne à porter des robes, mettre du maquillage et porter du vernis à ongles. 

Non, Jay ne déconstruit pas les rôles de genre à lui seul. 

Non, ce que Jay a fait, ce n’est pas innovant. 

 

C’EST QUOI, LE QUEERBATING ? 

Volontairement ou pas, Jay imite des pratiques inventées et popularisées par la communauté LGBTQIA2S+, dans le but d’attirer, parmi les téléspectateurs, les personnes queers. 

Mais tu t’en doutes bien, Jay n’est pas le seul à utiliser cette technique dans le milieu. 

Le queerbating, c’est quelque chose que nous connaissons tous.tes un peu, mais dont on ne connait pas nécessairement le terme. 

Un très bon exemple de queerbating est quand des séries télés sont vantées pour leur diversité, se disant super inclusives représentant les minorités les plus démunies. Puis tu t’installes confortablement sur ton canapé, ouvre ton téléviseur, regarde un épisode, un autre, encore un autre… Pour découvrir que la représentation, elle dure trente secondes, dans le sixième épisode et que la personne queer, c’est la sœur de l’ami de l’oncle du personnage principal. 

 

Non, ceci n’est pas de la représentation juste, désolé.e de péter ta balloune. 

 

Le but de ces producteurs est alors atteint : attirer les personnes queers vers ces produits, pour capitaliser sur leur manque de représentation dans notre société. Ces séries et films sont, pour la vaste majorité, produits par des personnes qui ne font pas partie de la communauté LGBTQIA2S+. 

 

COMMENT DEVRAIT-ON LE PRENDRE ? 

Personnellement, je n’aime pas être représenté.e dans les médias par des personnes qui ne font pas partie de ma communauté. Je sais que je ne suis pas seul.e, à trouver ce genre de pratiques pathétiques. Par contre, je sais également que plusieurs personnes de ma communauté n’y voient pas de problèmes.  

Des productions faites par les Queers, pour les Queersil y en a. 

Je ne prends pas les actions de Jay Du Temple comme étant vilaines, je crois sincèrement que ce n’était pas son intention. Par contre, que ça ait pris Jay Du Temple, un homme cishétéro et blanc pour “normaliser” ces pratiques, ça me frustre ! 

 

NON, CISGENRE ET HÉTÉRO NE SONT PAS LA NORME 

Quand j’ai aperçu les commentaires de sa publication Instagram, je suis resté.e perplexe face à plusieurs réactions, dont une s’étant inscrite en caractères gras dans ma tête : 

 

 

 

“Merci Jay, de normaliser le vernis à ongles pour les petits gars. La prochaine fois que mon enfant me demandera s’il peut en mettre, je n’hésiterai pas à lui dire oui ! 

 

 

 

Ce commentaire m’a mis la puce à l’oreille, pour être très honnête. 

Donc, quand des personnes LGBTQIA2S+ se mettent du vernis à ongles, des paillettes sur les yeux et des robes, est-ce autant révolutionnaire que quand Jay le fait ?  

Est-ce que tu vas sentir que ça devient plus normal ? Est-ce que tu vas t’exclamer de la même manière que quand Jay l’a fait ? 

Impliquer que ça ne devient normal que quand les personnes cisgenres et hétéro le font, c’est impliquer que ces groupes de personnes sont la norme. 

Je ne vais pas te mentir, c’est encore la norme dans notre société. Mais c’est une norme qu’il faut qu’on déconstruise. Parce quêtre cisgenre et hétéro, c’est le paramètre par défaut qu’on applique à un étranger, jusqu’à preuve du contraire. 

 

DONNER CRÉDIT AUX BONNES PERSONNES 

Il est capital de reconnaitre la communauté d’où viennent ces tendances. Il est capital de donner autant d’importance aux personnes à l’origine de la culture qu’aux personnes qui se l’approprient. Il est capital d’inclure ces communautés invisibilisées, dans toutes les sphères de notre société, qu’il y ait des caméras qui tournent ou pas. 

 

Il est capital de se souvenir de l’histoire de la communauté LGBTQIA2S+, de l’enseigner dans nos écoles, en montrant du respect pour ces personnes. 

 

Au moins 350 personnes transgenres à travers le monde ont été assassinées cette année. En ce 18 novembre, nous en sommes à la 324e journée de cette année 2020. Ceci est sans compter les personnes qui ont survécu aux agressionsen gardant de grandes cicatrices émotionnelles.  

Nous ne pouvons pas nous contenter de porter des robes durant des émissions ou sur des pages couverture de magazines, de mettre des paillettes sur nos yeux durant les tapis rouges et de mettre du vernis à ongles en allant à l’école. 

 

 

QUE FAIRE POUR Y REMÉDIER ? 

En parler autour de soi, c’est la moindre des choses. La prochaine fois que tu rencontres quelqu’un, demande-lui quels sont ses pronoms.

Informe tes amis, ta famille. Informe-toi, lis des articles de journal (comme celui-ci !), des livres écrits par des personnes queers, regarde des documentaires.

Notre meilleure arme contre les LGBTQIA2S+phobies, c’est l’éducation. 

 

Jo Brouillet (iel, il) 

JE NE SAIS PAS PAR OÙ COMMENCER

Dernièrement, un mouvement de solidarité a gagné en popularité dans la région de Montréal: mettre des jupes, plus ou moins courtes, pour dénoncer l’hypersexualisation des corps adolescents causée par le code vestimentaire au secondaire. Mon problème? C’est ce que je vais essayer de t’expliquer.

Bon.

Si tu as vu les images passer, tu sais de quoi je parle. Des gars, majoritairement cisgenres, se vêtissent de jupes en ce moment. Je crois que ce mouvement partait d’une bonne intention (du moins, je l’espère): dénoncer le code vestimentaire qui est hypersexualisant. Ça, c’est bien. C’est même super. Le journal Montreal Gazette en a fait un article, Xavier Dolan a reposté les faits à ses collègues américains, qui se sont empressés de faire part de leur admiration envers ces jeunes hommes.

 

Si brave, si intelligent, tellement woke!

Puis après, ça arrive jusqu’à nous, à notre école.

Oui, Armand-Corbeil a eu droit à son moment de gloire, elle aussi.

Puis, encore une fois: ce sont les applaudissements, les acclamations et la reconnaissance qui les entourent.

Vraiment bien, hein?

Sais-tu ce qui est encore mieux?

 

Le Carré Jaune. Est-ce que tu t’en souviens?

 

Deux membres du mouvement des carrés jaunes de l’école Joseph-François-Perrault.
PHOTO : RADIO-CANADA
Le mouvement des carrés jaunes a récemment vu le jour à l’école secondaire Joseph-François-Perrault à Québec. À travers ce symbole, des étudiantes cherchent à exprimer leur « ras-le-bol » du code vestimentaire qu’on leur impose.

 

 

Le Carré Jaune, c’est une initiative qui exposait les mêmes convictions que les jupes: mettre fin à l’hypersexualisation de nos corps à tous.tes dans le milieu scolaire. Ce mouvement était mené par plusieurs élèves, majoritairement des filles, partout dans Montréal et Lanaudière. Le groupe a fait plusieurs journées de contestation, enfreignant le code vestimentaire, pour se faire entendre.

Maintenant, je vais te poser quelques questions:

· Est-ce que le journal Montreal Gazette a fait un article sur le carré jaune?

· Est-ce que Xavier Dolan a reposté le mouvement sur ses réseaux?

· Est-ce que les personnes qui ont participé au mouvement ont été acclamés.es avec autant d’admiration que les garçons en jupe?

 

Non.

Non.

Encore non.

Iels ont tous.tes été renvoyés.es chez eux.elles, sans justification.

 

 

 

AMPLIFIER LES VOIX DES CONCERNÉS.ÉES

 

Mon problème, c’est qu’on perd un peu de vue notre but de départ: désexualiser nos corps en milieu scolaire. Car en ce moment, la lumière brille seulement sur ces garçons. Bien que le dialogue soit important, les principaux.ales concernés.es ne sont pas plus écoutés.es qu’avant (ces personnes étant celle.eux qui ont des corps “passant” pour une femme.

Étant une personne non-binaire très fem-passing, mon corps fait partie de ceux qui sont hypersexualisés en milieu scolaire par le code vestimentaire.

Mais bon, on ne sait pas trop où me caser, donc on me garde dans la boite “femme”.

Personnellement, ça ne fait que m’indigner encore plus.

Je crois que notre colère est justifiée, amplement.

 

OÙ ÉTAIT CETTE ÉNERGIE-LÀ?

 

Il y a un truc qui me titille un petit peu dans toute cette histoire-là.

Tsé là, les personnes LGBTQIA2S+?

Ça te dit quelque chose?

Moi, oui.

Ça me parle un peu, beaucoup.

 

J’ai une autre question pour toi (oui, encore, je sais, ça commence à ressembler à La Classe de 5e tout ça, mais je te jure que c’est pertinent): j’ai un bon ami à moi. Ses pronoms sont il/lui.

 

Il est ouvertement gai depuis plusieurs années. Il porte souvent des crop tops et des jupes.

Mais détrompe-toi. Lui, on ne l’acclame pas.

On le hue.

On le regarde mal.

On le juge à haute voix.

Mon ami ne se sent pas en sécurité quand il s’exprime à travers sa tenue.

Mon ami, un homme gai, en 2020, n’est pas en sécurité quand il porte sa jupe.

Ton ami, cisgenre et hétéro, obtient un article dans le journal quand il porte sa jupe.

Je ne sais pas toi, mais moi, ça me titille. Un peu, beaucoup.

Donc, mes questions:

· Quand vous allez parler à la place des corps sexualisés, chers garçons en jupe, allez-vous nous laisser la parole?

· Allez-vous inclure les personnes LGBTQIA2S+ dans votre lutte?

· Qui allez-vous accuser?

· Allez-vous consulter les concernés.ées?

· Allez-vous décortiquer toutes les couches du problème ou en rester à la surface.

· Êtes-vous prêts à ne pas assumer le genre de quelqu’un sur son apparence?

· Êtes-vous prêts à désexualiser tous les corps?

· Êtes-vous prêts à nous écouter?

 

 

PUIS L’AUTORITÉ DANS TOUT ÇA?

 

L’autorité, dans une société, sert à désigner ce qui est acceptable ou non de poser comme geste.

Par exemple, le meurtre, c’est mal. Le vol, c’est mal. La pédophilie, c’est mal. Je crois que tu sais où je veux en venir. Donc, naturellement, on s’attend à ce que l’autorité condamne ce genre de comportements.

Quand on dit à une jeune fille de retourner chez elle à cause de sa tenue, on implique beaucoup de choses.

Sa tenue pose un problème, puisque qu’on l’a interpellée pour cette raison.

Pourquoi? La figure d’autorité présente dira sûrement quelque chose du genre “ce genre de vêtement déconcentre la clientèle masculine qui fréquente notre école”. Or, extrêmement rares sont les cas où un garçon a proclamé haut et fort à une personne en position d’autorité son inconfort face à la tenue d’une autre personne.

Alors, pourquoi est-ce qu’on avertit quand même?

La réponse, cher.ère, elle est un peu fâcheuse.

Donc.

Quand ma tenue n’est pas adéquate, c’est parce que cette dite autorité y a vu un problème. Le problème, c’est que c’est trop vulgaire. C’est trop sexy. C’est trop provocant. Le problème, c’est l’image que cette tenue renvoie.

L’image que les gens voient.

Est-ce que cela veut dire que cette figure d’autorité me voit, moi, jeune adolescent de 15 ans, comme étant sexuel? Mon corps est-il dérangeant pour cette autorité? Me pense-t-il comme étant sexy, du haut de mes 15 ans?

Est-ce que mon corps dérange ces adultes qui sont censés me protéger?

Car la pédophilie, c’est mal.

Mais les comportements normalisés qui découlent de cette pathologie, ce n’est pas mieux.

L’hypersexualisation des adolescents.es, ce n’est pas correct. Ça doit s’arrêter. Tout de suite.

 

Cordialement, Jo Brouillet (il/iel/lui)

css.php