Devrait-on dissocier l’œuvre de l’artiste ?

Le 25 octobre 2019, Éric Lapointe fut accusé de violence conjugale envers sa femme. Le lendemain de l’éclat du scandale et de l’annonce de sa démission de son rôle de juge à La Voix, plusieurs radios, comme 96.9 CKOI et Rythme FM, ont cessé de mettre les chansons du rockeur québécois en ondes. Ses vidéoclips ont également été temporairement retirés des différentes chaînes et plateformes de Stingray. Donc, la question se pose, doit-on ou non dissocier l’œuvre de l’artiste ?

Un débat ouvert

Éric Lapointe n’est pas le seul artiste à avoir été banni de la radio cette année. On peut se rappeler les scandales entourant Michael Jackson. Ce dernier, accusé de pédophilie (en 1993 et en 2005), a été reconnu non coupable, bien que l’affaire soit nébuleuse. À la suite de la sortie du film Leaving Neverland (sorti en 2019, 10 ans après la mort du chanteur),“(…) certaines stations de radio québécoises ont décidé de ne plus diffuser les tubes de la légende sur leurs ondes. Les auditeurs des stations du groupe Cogeco Média, notamment CKOI, Rythme et The Beat, n’entendent donc plus depuis lundi matin (4 mars) Beat It, Billie Jean ou encore Black or White” a expliqué le journal en ligne Paris Match le 5 mars 2019. Cette décision a fait, évidement, le mécontentement des fans ultra-fidèles de cet artiste qui l’adoraient, malgré ses multiples accusations. Devant ces deux cas, nous avons deux options, soit nous prenons en compte que l’œuvre et l’artiste ne font qu’un et que, dès que l’artiste commet un faux pas, nous devons directement bannir son œuvre et arrêter de l’écouter ; soit on continue d’apprécier le talent de l’artiste même s’il n’a pas un comportement “acceptable”.

 

 

Des opinions opposées

Comme le dit Rebecca Makonnen, journaliste de Radio-Canada par rapport à Jackson : “C’est la première fois que je dissocie l’œuvre de l’homme”. Elle exprime que son attachement aux chansons de cet artiste est très important, c’est pourquoi il serait impensable pour elle d’arrêter de les écouter du jour au lendemain. Sa déclaration vient en contradiction avec les radios qui ont cessé de diffuser la musique de compositeurs ayant des comportements inacceptables. En effet, Simon Delisle, journaliste pour le Journal de Montréal, mentionne que “ (…) pour [lui], il est impossible de dissocier l’œuvre de l’humain. [Il] ne [dit] pas que la musique de Michael Jackson, ou que les films de Kevin Spacey sont mauvais, loin de là. [Il dit] simplement [qu’il n’est] plus capable de les apprécier.” Il exprime, avec des airs de nostalgie, ses souvenirs bordés par les compositions de ce roi de la POP. Malheureusement, maintenant que le film Leaving Neverland a fait sa grande première, la honte et le dégoût habitent cet homme lorsqu’il écoute les chansons de “ce monstre”, qui, selon lui, a “violé, dans tous les sens du terme, tant de valeurs humaines [qu’il] chérie.” Voilà donc deux positions bien opposées… Devons-nous privilégier les valeurs véhiculées? La créativité des artistes? Les deux? Devons-nous apprécier le talent sans tenir compte de sa source? Devons-nous considérer que l’oeuvre EST le créateur?

 

Finalement, malgré toutes mes lectures et réflexions, le débat reste entier pour moi… Je crois bien que tout n’est pas noir ou blanc. Mais qu’en est-il de vous ?

Maya Rioux, la fille qui jongle avec le cœur et la raison

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