La gentrification : qu’est-ce que c’est?

 

Le terme «gentrification» fait son apparition pour la première fois en 1964 lorsque Ruth Glass, sociologue allemande, s’en sert pour définir l’invasion de la classe moyenne dans les quartiers résidentiels de la classe plus pauvre. Le dictionnaire Larousse qualifie la gentrification d’une «tendance à l’embourgeoisement d’un quartier résidentiel». Ces deux concepts vont bien de pair. En gros, la gentrification est un terme qui explique quelque chose de simple : l’investissement financier.

 

Par exemple, tu arrives dans un quartier moins fortuné de Montréal. Souvent, les propriétaires des appartements et des immeubles s’y étant installés vont demander un loyer moins cher, étant donné la pauvreté des gens habitant le quartier. On appelle ça, en terme actuel, un «ghetto». Une espèce de communauté appauvrie, vivant à l’écart du reste du monde. Les écoles sont moins bonnes, les hôpitaux sont plus éloignés, on n’y retrouve aucune grande compagnie, pas même une épicerie de nom. Les gens se forment une mini communauté avec des dépanneurs locaux, des épiceries gérées par des gens de la région ainsi que de petites entreprises de vêtements. Aucun magasin de grande surface à proximité. Cette inexistence de grandes compagnies à proximité du quartier a pour effet de diminuer la valeur des maisons, car elles sont toutes dépourvues d’avantages urbains, qui ajoutent à la qualité de vie d’un résident. C’est à ce moment que la gentrification fait son apparition. Les maisons ne valent pas grand chose, donc pour un acheteur, c’est facile de faire l’acquisition de la propriété et de la rénover. Par exemple, l’acheteur d’un immeuble d’appartements peut offrir un montant supérieur à la valeur de la maison pour inciter le propriétaire à vendre. Une fois que celui-ci aura accepté, l’acheteur pourra rénover tous les appartements, ce qui ne lui coûtera pas si cher, étant donné que la propriété lui a coûté une fraction du prix normal. Dès que les appartements sont rénovés, le nouveau propriétaire peut mettre sur Kijiji l’annonce de son immeuble parfaitement rénové, avec un loyer moins cher que celui d’un immeuble compétiteur se trouvant sur le Plateau. Par contre, si le prix du loyer des locataires environnant peut être de 500$ par mois, celui de l’immeuble rénové sera plus cher, peut-être 700$ par mois. C’est moins cher que sur le Plateau, mais plus cher que partout ailleurs dans le quartier.

Plus les acheteurs investissent dans un quartier avec une faible valeur immobilière, plus le quartier sera sujet à l’urbanisation. L’arrivée d’un Starbucks permettra l’augmentation de la valeur du quartier tandis qu’un  investissement dans l’école permet une meilleure scolarisation. L’ajout de membres plus fortunés à une communauté appauvrie crée une stimulation économique du secteur, ce qui permet aux propriétés de prendre de la valeur, étant donné que les immeubles sont rénovés. La valeur est d’autant plus haussée que de grandes entreprises se sont installées à l’intérieur du quartier.

Par contre, ça crée aussi une «ghettoïsation», chez les membres de la communauté qui sont déjà peu fortunés. L’augmentation de la valeur du quartier signifie une chose : tout coûte plus cher. Un propriétaire d’un immeuble dans un quartier gentrifié sera obligé d’augmenter le loyer de ses locataires, étant donné que la valeur de la propriété, même si personne ne l’a rénovée, va augmenter. Cette augmentation est due au fait qu’elle côtoie des propriétés valant plus cher, et comme le propriétaire n’a pas les moyens de couvrir l’augmentation de la valeur immobilière, il va répartir celle-ci entre ses locataires. Un loyer qui valait 500$ par mois peut monter à 575$, malgré que les gens résidant à l’intérieur des appartements n’ont pas le 75$ supplémentaire par mois.   Un épisode de la saison 5 de l’émission américaine «Shameless» parle de gentrification sous l’angle des membres d’un quartier pauvre au sud de Chicago. Malgré le langage vulgaire présenté, cet épisode présente la réalité de ce qui se passe avec les gens moins fortunés lorsque le phénomène de gentrification se présente. En bref, quand le loyer augmente, les gens originaires du ghetto ne peuvent soudainement plus payer, donc ils sont obligés de déménager dans des ghettos encore plus éloignés, encore moins salubres et encore moins urbains. L’arrivée d’un Maxi anéantit les épiceries locales, les gens perdent leur gagne-pain, même chose si Couche-Tard remplace le dépanneur du coin. Les gens qui habitaient le ghetto sont expulsés de chez eux.

 

 

Finalement, la gentrification, autant ça permet à un quartier de fleurir économiquement, autant ce ne sont pas les membres originaires du quartier qui bénéficient des avantages de cette floraison. Lorsque viendra le temps pour vous de vous trouver un appartement, soyez bien conscients des effets de la gentrification sur les communautés qui vous entourent. Encouragez les entrepreneurs locaux, que ce soit des épiceries, de la vente de biens et services, des dépanneurs, des équipes de soccer qui ne sont pas associées à Tim Hortons. En stimulant l’économie locale, peut-être pourriez-vous contribuer au ralentissement d’un phénomène ayant comme effet la diminution de la qualité de vie de vos voisins.

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