Petite réflexion sur le fameux œuf

En février dernier, sur Instagram, le compte world_record_egg a posté sur les réseaux sociaux une photo d’un œuf avec l’intention de battre le record de J’aime, qui était détenu par Kylie Jenner, une personnalité américaine avec 18 millions de J’aime. Depuis, il a fait le tour du monde, a été vu par des millions de personnes et a battu le record. La question est : pourquoi?

Tout d’abord, le post n’a rien de si spécial : un œuf de poule sur un fond blanc. Au départ, le but était de battre le record du plus de J’aime : l’objectif est resté le même tout au long du projet. L’utilisateur world_record_egg a invité ses abonnés à « liker » sa publication afin de battre le record. Aujourd’hui, il y est arrivé : cet œuf a cumulé plus de 47 413 042 mentions J’aime et ne cesse de croître.

 

 

À moins d’être un fanatique des œufs, il y a un nombre limité de raisons pour avoir aimé cette publication : on peut vouloir participer à ce nouveau record, en rire, faire comme les autres ou simplement vivre l’absurde de la chose. Ce qui est étrange, c’est que ce soit un œuf qui détient ce record : pas une cause humanitaire, pas une solution environnementale, pas une situation injuste ou des conditions inhumaines que l’on dénonce, non. C’est un banal œuf, tout ce qu’il y a de plus normal. Avec tous ces J’aime, on aurait pu vouloir encourager une cause, soutenir quelqu’un, mais on a décidé de battre un record. On aurait pu investir toute cette notoriété, toutes ces vues afin de faire libérer quelqu’un avec Amnistie Internationale, sauver une espèce animale en voie de disparition avec l’aide de GreenPeace, mais non. Elles ont servi à battre un record de popularité et de J’aime.

Quand on s’inscrit sur les réseaux sociaux, une des premières choses que l’on fait est de s’abonner à ses amis. En faisant cela, leurs nouvelles publications s’afficheront sur la page d’actualité. Ces amis sont souvent des gens qui nous ressemblent, qui pensent comme nous, qui voient les choses comme nous et qui aiment les mêmes choses que nous. En donnant un J’aime à leurs publications, on déclare que l’on aime ce qui nous ressemble… ce qui équivaut à nous aimer nous-mêmes. Aimer les publications de ses amis, c’est un peu comme aimer ses propres publications. Ce qui est plutôt inutile, étant donné que le simple fait de publier une photo ou une vidéo signifie que l’on aime et que l’on veut la partager afin que les autres l’aiment aussi, ce qui à son tour veut dire qu’en aimant la publication, ils s’aiment eux-mêmes… Un cercle vicieux dans lequel on entre par un simple clic et dont on oublie l’existence…

On revient à nouveau vers cette question : qu’est-ce que l’art ? L’absurdité de l’art peut être un point positif, puisque lorsque quelque chose est absurde, il attire l’attention et le questionnement et donne de la popularité à l’œuvre et de la visibilité à l’artiste. Dans ce cas, l’œuvre est un œuf et l’artiste, un utilisateur du nom de world_record_egg qui voulait battre un record mondial. Cette photo a-t-elle vraiment de la valeur ? Si sa rareté n’est pas un point fort, son absurdité et sa notoriété en sont. Alors, à nous de débattre si cette photographie a une réelle valeur. L’art a de ces subtilités propres à lui qui, parfois, ne peuvent pas être comprises.

 

À présent, je vous lance un défi : que le prochain record soit détenu par une cause. On ne manque pas de situations à dénoncer, de problèmes à régler, de gens à soutenir. Choisissons : à qui voulons-nous accorder nos J’aime ? À un œuf ou à une cause ?

 

Par Amélia Gélineau

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